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Dakar étendu sur Rennes : les enjeux des migrations sud-nord

samedi 12 février 2011 / libellé : Solidarités par Max Rademacher / Animateur médiateur

Pourquoi y a t-il en France des immigrants clandestins sans accès aux papiers mais juridiquement inexpulsables ? La crise de l’emploi en Europe est-elle une raison suffisante pour fermer nos frontières aux immigrants « économiques » ? Qu’ en est-il de la représentation paradisiaque de l’Europe entretenue par les migrants africains ? Telles étaient les questions abordées lors d’un des Dakar étendu avec Rennes le dimanche 6 février 2011. Le processus "Dakar étendu" permet à tous les militants et mouvements sociaux de relayer le Forum Social Mondial dans leur pays respectifs.

Cette visioconférence était organisée conjointement par le collectif FSM d’Ile-et-vilaine et les petits débrouillards Bretagne et Poitou-Charentes. Le public s’est retrouvé dans les locaux de l’association rennaise « Et si on se parlait » pour écouter et réagir aux interventions d’Idrissa Badji et Alliou o Sass en direct du Sénégal.

Sénégalais d’origine et vivant actuellement en France, Idriss Badji est militant au sein de l’ONG sénégalaise Action pour le Développement Intégré et la Formation (ADIF) et de l’Association Socio-Educative de la Région Cognac (ASERC). Il a personnellement connu les conditions de vie d’un sans-papiers et les centre de rétention en France. Il milite depuis plusieurs années pour la libre circulation des migrants du sud, particulièrement du Sénégal et pour l’amélioration des conditions de vie des sans-papiers en France.

A la suite à son témoignage, Alliou o Sass, un étudiant en géographie de l’Université de Dakar, a présenté son étude sur l’émigration sénégalaise. Il était surprenant de retrouver dans son analyse les mêmes observations faites douze ans auparavant par Abdelmalek Sayad, un sociologue français d’origine algérienne et élève de Bourdieu, dans son ouvrage de référence sur l’émigration algérienne en France : « La Double Absence ».

Comme pour le cas de l’Algérie, l’émigration du Sénégal vers l’Europe ne peut pas s’expliquer uniquement par les différences salariales entre ces deux régions, une explication souvent avancée par les économistes. La question est plus complexe. Depuis longtemps, c’est l’image paradisiaque de l’Europe qui constituait un des principaux moteurs de l’émigration sénégalaise. Une image que les migrants ont entretenue auprès de la population locale, malgré une vie d’exclu en Europe. L’émigration étant vu comme un signe de succès, comment avouer les côtés sombres de leurs vies en Europe ? Selon O Sass, ce mirage a cependant commencé à se dissiper il y a environ une décennie, pour laisser place à une prise de conscience de plus en forte des réalités ambigües de la migration.

Stimulé par ces deux interventions, le public français a ensuite approfondi cet échange en abordant l’autre mirage de la migration, celui qui est entretenu en Europe et par exemple en Allemagne. Des études scientifiques démontrent que les immigrés, à travers leur engagement civil sont créateurs de liens sociaux plutôt que destructeurs. Malgré cela, les médias et le discours politique ambiant considèrent l’intégration des immigrés comme un échec, en pointant du doigt le soi-disant communautarisme, où des « sociétés parallèles ».

De Dakar, le 10 Février 2011

Max Rademacher, Les Petits Débrouillards Bretagne

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