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Bretagne

Le G20 passé au crible - Dakar continued

vendredi 25 février 2011 par Max Rademacher / Animateur médiateur

Dans le cadre du Forum Social Mondial 2010 à Dakar, la fondation politique allemande « Friedrich-Ebert Stiftung », affiliée au parti social-démocrate (SPD) a mit en place un atelier sur le nouveau « Consensus de Séoul », le 9 février. Les intervenants invités étaient Filomeno III Sta. Ana, Action for Economic Reforms (AER) des Philippines, Siphamandla Zondi, Institute for Global Dialogue, d’Afrique du Sud et Sascha Raabe, député au Bundestag et porte-parole du SPD pour les questions de développement.

Le « Consensus sur le développement de Séoul pour une croissance partagée », déclaré par le G20 , représente la première déclaration politique sur le développement signée conjointement par les économies majeures du nord et du sud. Mais représente-t-elle vraiment une « Nouvelle Pensée sur l’Economie Globale » comme certains le disent, tel que l’économiste réputé Jeffrey D. Sachs ? Ou s’agit-il juste d’une version renouvelée du « Consensus de Washington » tant critiqué ?

Revenant sur le contexte de la déclaration de Séoul, M. Sta. Ana a fait remarquer que dans la dernière décennie, la mondialisation est entré dans une phase turbulente, avec l’apparition de crises économiques au niveau régional, national et international. Egalement, on constate une montée en puissance de mouvements populaires en Amérique Latine et en Afrique hostiles à la mondialisation néolibérale.

Revenant sur le Washington Consensus, Sta. Ana remarque que ce paradigme peut générer du progrès en terme de développement économique, mais seulement sous certaines conditions. Son échec s’explique par le fait qu’il a été mit en oeuvre uniformément et partout sans prendre en compte le contexte particulier propre à chaque pays. Depuis la fin des années 90, ce paradigme est en retrait, et avec lui son idéologie sous-jacente : le néolibéralisme. Aujourd’hui, des approches hétérodoxes montent en force et on se rend progressivement compte de l’utilité des contrôles des capitaux et des politiques industrielles. Autrement dit, on a perdu confiance dans le « marché à tout va », et on reconsidère le rôle de l’Etat dans le développement des pays « pauvres ».

Mais y a t-il vraiment de nouvelles opportunités pour mettre en oeuvre des réformes se basant sur cette nouvelle prise de conscience ? Non, selon Sta. Ana, car il apparaît clairement que la crise économique mondiale persiste depuis 2 ans déjà et que jusqu’à présent des réformes ad hoc ont été mis en place.

Alors, quels sont les points du Consensus de Séoul ?

1.Le marché au coeur de l’organisation de l’économie 2.Le refus catégorique de toutes formes de protectionnisme commercial 3.Une approche purement croissanciste du développement des pays pauvres

Somme toute, on continue avec les mêmes politiques comme avant, mais avec plus d’hypocrisie : p.ex ; l’occident continue d’imposer à l’Afrique les mêmes « Plans de Consolidation » pour combattre la dette publique, alors que la dette des pays occidentaux dépasse largement celle des pays africains. Selon Sta. Ana, le Consensus de Seoul n’est pas un progrès, mais une régression, parce qu’il dessert les opportunités d’innovations de politiques de développement et freine également l’émergence de stratégies autonomes sur le développement. Ainsi, le Consensus de Seoul consacre les lieux communs des politiques économiques à l’occidentale alors qu’ils ont visiblement échoué.

D’après M. Zondi, la création du G20 confirme la tendance de la gouvernance économique mondiale vers l’élitisme diplomatique et donc vers une régulation non-démocratique et illisible. Le G20 serait donc l’aveu du manque de légitimité du G8. En aucun cas le G20 ne permettra un changement radical, même si certains de ses membres voulaient y inclure d’autres pays. Le choix de se rencontrer à Séoul est symbolique : il s’agit de signaler que désormais, les décisions ne se prendront plus dans le cercle restreint des puissances occidentales mais avec tout le monde. L’inauguration d’un nouvel ordre mondial marqué par l’élargissement progressif de ce cercle restreint à d’autres pays – du G20 au G40, G100, et puis au G192 ?

C’est possible, mais même si le G20 un jour incluait tous les 192 pays du monde, l’agenda restera le même. Il ne s’agit pas d’une ouverture démocratique, mais de cooptation de nouveaux pays par l’occident pour universaliser, in fine, le vieil agenda du G8, basé sur un l’inégalité, l’exclusion et la hiérarchie, comme l’affirme Zondi.

En ce qui concerne l’agenda de Séoul, Zondi fait remarquer que l’idée de « croissance partagée » n’est précisé nulle part et qu’on peut s’attendre à une croissance certes partagée, mais seulement au sein de l’élite. Comme Sta. Ana, il fustige le réductionnisme croissanciste dans la manière de concevoir le développement. On retrouve l’insistance sur « l’initiative du secteur privé », donc la même hostilité envers l’Etat qu’avant. Zondi souligne que bien qu’en mentionnant la place des Etats nationaux dans la détermination des stratégies de développement, le Consensus de Séoul conçoit cette place systématiquement en « partenariat » avec les institutions financières internationales.. Auto-détermination oui, mais pas sans la Banque Mondiale et le FMI ! Finalement, Zondi identifie un grave manque de légitimité dans la mesure où l’implication de la société civile dans le développement n’est mentionné nulle part. Max Rademacher

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