Débat de sciences
Une série d’articles pour comprendre les grands débats actuels dans les sciences…
Réforme de la recherche, une menace réelle pour les sciences
La loi de programme no 2006-450 du 18 avril 2006 pour la recherche (1), plus communément appelée « réforme de la recherche et de l’enseignement supérieur », est la conséquence d’un projet déposé par le gouvernement Raffarin, sous le nom de loi d’orientation et de programmation pour la recherche et l’innovation (LOPRI). Un projet révélé par des fuites et qui a provoqué un véritable tollé parmi les syndicats de chercheurs, les personnels de l’enseignement supérieur et provoqué la création du collectif « Sauvons la recherche ». Les premiers effets toxiques de cette réforme ne se sont pas fait attendre. Explications.
Que contient cette réforme ?
Les EPST (Établissement public à caractère scientifique et technologique), comme le CNRS, l’INRA, l’Inserm… voient leur financement redistribué.
Séparation de la recherche et de l’enseignement supérieur.
Recours accru aux personnels précaires.
Entrée massive des entreprises dans la recherche et dans l’enseignement supérieur.
Instauration d’une « pré-orientation » des financements publics, en fonction des projets, comme si l’électricité avait été inventée en cherchant à perfectionner la bougie…
Augmentation des crédits publics à la recherche privée (avec, notamment, des crédits d’impôt aux entreprises !).
L’établissement de primes d’excellence scientifique, destinées à encourager les découvertes.
En quoi ces dispositions sont-elles perverses ?
En faisant entrer de façon massive des intérêts économiques privés (partenariat chercheurs publics et entreprises) on assiste d’ores et déjà à un certain nombre de dérives très inquiétantes… Tout d’abord, ne sont plus financées, dans ces conditions, que des recherches appliquées, notamment dans le domaine des nanosciences (nous y reviendrons dans un prochain article). Du coup, des pans entiers de la recherche sont considérablement menacés. On peut, par exemple, penser à la systématique (2), pourtant fondamentale en matière de recherche.
Plus inquiétant, pour bénéficier des aides financières privées, certains laboratoires réorientent leurs travaux ! Abandonnant parfois la recherche fondamentale, au profit de recherches appliquées. Sous la pression de leurs financiers privés, des thèses sont maintenant passées – et ce, de façon exponentielle – sous embargo(3). Les doctorants, travaillant dans les labos, voient ainsi leurs thèses confisquées au seul profit d’intérêts financiers. C’est une perte pour le futur docteur et pour l’ensemble de la communauté scientifique qui n’a plus accès à ces travaux. Dans le même ordre d’idée, on voit se multiplier les dépôts de brevets sous embargo !
Lors d’un récent colloque à Paris(4), les chercheurs présents s’inquiétaient tous, sans exception, de la prolifération de « recherches » truquées, bidonnées, falsifiées… Dont le but est d’attirer des partenariats avec des entreprises.
On pourrait multiplier les exemples… Il apparaît toutefois deux conséquences à tout cela : la main mise du capitalisme sur la recherche a pour conséquence un terrible appauvrissement démocratique ! En effet, le politique qui doit prendre une décision a besoin d’experts indépendants… Comment des chercheurs financés par les grandes firmes multinationales pour leurs travaux, pourront-t-ils avouer que tel ou tel produit ou technologies sur lesquels ils travaillent, présente des dangers ou des risques sanitaires, par exemple ?
Les grands axes de recherche – on l’a vu ainsi avec les OGM, par exemple ; ou actuellement avec les nanotechnologies ou les nouvelles technologies de l’information – engagent toute la société ! Or le citoyen, et dans une certaine mesure, le politique, n’ont strictement plus rien à dire sur ces orientations ! Celles-là appartenant de fait aux actionnaires des entreprises finançant la recherche. Or, nous savons très bien que, pour les actionnaires, l’appât du gain rapide et à court terme l’emporte sur toute autre considération.
Les « Débats citoyens »(5) sont totalement biaisés. Celui engagé actuellement sur les nano en est un exemple criant : cinq villes concernées, avec des invités triés sur le volet par le gouvernement, etc. Il s’agit en fait d’une opération de communication, destinée à faire accepter ces nano produits par la société et éviter que ne se reproduise le scénario vu lors du débat sur les OGM : un réel débat démocratique avait en effet conduit l’ensemble de la population à refuser ces produits, au grand dam des Monsanto, Novartis, et autres multinationales, fabricants de pesticides…
En ce sens, l’action des Petits débrouillards semble d’autant plus nécessaire : éducation populaire, outils de réflexion… de façon que chaque citoyen se réapproprie les grands débats scientifiques, qui conditionnent tout le devenir de la société, leur propre avenir et celui de leurs enfants.
J.-F. Collinot
(1) http://www.legifrance.gouv.fr/affic... (2) Science qui étudie et identifie les différentes espèces. (3) Sous embargo : qui ne peut être diffusé publiquement. (4) Forum mondial sciences et société, Paris, 23 janvier 2010 (auquel les Petits débrouillards étaient associés). (5) Définis par la loi Barnier de 1995.
Pour en savoir plus :
Général
http://www.scienceshumaines.com/la-...
Contre la réforme
http://www.sauvonslarecherche.fr/ http://www.lesinrocks.com/actualite...
Pour la réforme
http://www.nouvelleuniversite.gouv.fr/ http://www.nouvelleuniversite.gouv.fr/

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