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Bretagne

Quelle monnaie d’échange pour la coopération ?

mercredi 15 juin 2011

Comment associer économie et coopération ? Collaboratif s’associent au "bénévole" ? quel modèle économique choisir pour que les projets collaboratifs soient fiables ? ... Nous sommes nombreux à se poser ces questions qui nous emmène à remettre en cause la primauté d’un seul modèle économique : l’économie des marchés.

Dans cet article, nous reprenons les principales idées de la conférence sur les financements innovants de Jean-Michel Cornu, l’auteur de nombreux ouvrages sur les usages d’Internet et la coopération.


Un article repris de la lettre de le formation animacoop 2011 en Languedoc Roussillon, organisée par Outils Réseaux

une publication sous licence creative commons by sa

Quelle monnaie d’échange pour la coopération ?

Comment associer économie et coopération ? Faut-il seulement associer "collaboratif" et "bénévole" ? Quel modèle économique adopter pour qu’un projet collaboratif soient viable ? ... Nous sommes nombreux à se poser ces questions qui nous amènent à remettre en cause la primauté d’un seul modèle économique : l’économie de marché. Dans cet article, nous reprenons les principales idées de la conférence coopération et argent de J-Michel Cornu, l’auteur de nombreux ouvrages sur les usages d’Internet et la coopération.

L’émergence d’une économie de l’abondance

Alors que l’économie de marché génère et gère de la rareté face à un univers imprévisible, la coopération fabrique et gère de l’abondance, tout comme la planification gère la rareté en prédisant les choses. L’économie de l’abondance peut être rapprochée de le modèle du don et du contre-don théorisée pour la première fois par Marcel Mauss.

Le modèle du don-contre-don

Issu de la pensée de Marcel Mauss , le modèle d’échange du don et du contre-don apporte, à travers une approche anthropologique, une autre vision possible des échanges. "Cette forme d’échange apparaît non comme une simple opération économique propre à assurer le bien-être mais comme un phénomène ayant des implications sur l’ensemble du fonctionnement de la société".(wikipédia)

C’est par exemple le Potlatch des Amérindiens : un contrat social basé sur l’évaluation de l’objet donné ou de l’échange, sa valeur de réciprocité. La seule forme d’obligation reste la motivation. Les universités sont habituées à ce modèle de don contre don sur lequel reposele jeu de la recherche. On peut aussi noter la profession de foi de Michel Bauwens :le peer to peer : nouvelle formation sociale, nouveau modèle civilisationnel quant aux systèmes d’échange P2P.

Une limite dans ce système de don/contre-don apparaît quand le contre-don devient obligatoire (attendu par principe) et modifie alors le caractère désintéressé inhérent au don.


Un exemple vécu au sein de la formation animacoop

Valoriser le travail de bénévoles

Trois stagiaires de la formation n’ont pas trouvé de financement classique. L’équipe d’Outils-Réseaux leur a proposé de participer bénévolement et de contractualiser les échanges. Mais comment évaluer par avance ce que chacun peut apporter ? Le savoir-faire de l’un a-t-il la même valeur que l’engagement d’un autre ? Une réflexion s’est engagée autour d’une convention entre Outils-Réseaux et les stagiaires afin de valoriser les échanges entre les deux partenaires.

La valorisation de ces échanges passe par :
- la mise en pratique d’une économie différente ;
- l’expérience d’une convention d’échanges de services ;
- la prise en compte de choses intangibles (valeurs) ;
- une non-opposition entre la "valorisation par l’argent" et la "valorisation par d’autres moyens" ;
- le besoin d’une évaluation à la fois acceptable par tous et propre à chacun, qui révèle une part de sensible de soi, pour mieux comprendre et partager cette expérience collective.

Après discussion, ont été inclus dans la convention :
- l’expression de la valeur donnée aux services échangés
- l’importance de la réciprocité, exprimée en début (ce que nous pensons échanger) et en fin de formation (ce qui a été réellement échangé) permettant la personnalisation de la convention.

Comment associer économie et coopération ?

La coopération induit de nouveaux modèles économiques. Il ne s’agit pas tant d’opposer des systèmes économiques mais de les conduire en parallèle en associant coopération et économie, abondance et rareté, sans les mélanger pour autant.

Cela signifie également redéfinir les termes. Aujourd’hui "collaboratif" ou "alternatif" sont connotés négativement, car ils sont souvent associés à un manque de moyens, Il s’agirait de remplacer les termes d’"alternatives économiques" par celui de "modèles économiques innovants".

Pour de nouveaux modèles économiques

Le principe est de séparer les choses en créant un double-système. On fait en sorte de gérer les contraintes par l’économique tout en permettant à la coopération de générer de l’abondance. De l’abondance peuvent naître des services génériques et gratuits et des services spécifiques et payants. Pour le fonctionnement de ce système à deux vitesses, il est nécessaire de séparer et d’articuler subtilement ces deux types de services afin que les services spécifiques puissent financer les services génériques gratuits.


Séparer les contraintes des opportunités Comment inscrire un projet coopératif dans l’économie de marché ?

La création d’une structure associative permet de gérer les contraintes (recherche de subventions, mise en oeuvre de projets, etc) tandis que le réseau construit sa légitimité sur la participation en restant ouvert à tout le monde sur simple inscription, sans structure, sans salarié, sans argent. Une structure coopérative peut être divisée en deux ou trois entités : la communauté (large), la structure de gestion (restreinte), et éventuellement la société commerciale. Exemple : Imagination for people


Changer l’idée de faire un profit immédiat

Remplacer la notion de profit par celle du besoin

Le besoin de créer l’emploi ne peut pas permettre un bon démarrage du réseau : c’est au contraire une contrainte trop forte qui peut freiner le développement d’un projet collaboratif. Pour l’animateur de projet il s’agit plutôt de :

- créer de l’abondance (pour inciter la dynamique et susciter un maximum de contacts)
- penser l’équilibre entre plaisir et besoin
- avancer doucement, se donner le temps, laisser une place à l’imprévisible
- laisser émerger les lignes directrices
- rester au maximum ouvert sur la création multiple de contenus.

Faire rentrer le "collaboratif "dans l’économie

Il s’agit de requestionner les notions de base : "profit" et "besoin"

- Un nouveau regard sur le profit : la demande suscite l’offre ou l’offre suscite la demande ? Qui gagne ? qu’est-ce que j’y gagne, ce que les autres gagnent ? A qui profite le projet ? le réseau ?

- Un nouveau regard sur le besoin : Le projet doit répondre à des besoins ; c’est une évidence mais faut-il créer la demande en offrant des services ou identifier les besoins et les attentes des bénéficiaires par rapport à un service commercial et par rapport à une approche collaborative ?

Quelle légitimité a un animateur par rapport au public cible ? Faut-il que le projet soit toujours collaboratif ?


Des financements à imaginer

En conformité avec l’évolution des modèles économiques, des approches innovantes se mettent en place pour les financements initiaux. L’approche planifiée est utilisée dans le financement initial (que ce soit les subventions publiques mais également les apports en capitaux qui demandent bien souvent un prévisionnel sur plusieurs années). Dans une approche conforme à l’économie de l’abondance, le crowd funding vise à chercher des moyens non plus auprès de un ou de quelques financeurs mais auprès d’un grand nombre de personnes.

En matière de modèle économique,le modèle freemium utilise par exemple le fait que le coût marginal (coût pour produire un exemplaire supplémentaire) de certains services en ligne est très faible voire nul : le service est gratuit et il existe un service premium payant qui intéresse en général environ 1% des utilisateurs. L’abondance d’utilisateurs généré par l’approche crée une valeur dont seulement 1% est transformée en valeur économique, ce qui suffit à rendre le service viable. C’est la même approche qui est mise en œuvre dans le service Thuraya de téléphonie mobile par satellite utilisé dans le désert : les SMS sont moins cher qu’avec les téléphones mobiles classiques (1$ = 50 SMS mais ceux-ci utilisent très peu de la bande passante satellite) et environ 1% des nombreux utilisateurs de Thuraya l’utilisent également pour téléphoner. A l’inverse, le service Iridium est réservé à une petite clientèle aisée. Cependant, 1% de beaucoup représente parfois bien plus que 100% de très peu…

Certains recherchent d’autres sources de financements :valorisation des contenus, appel aux dons, vente de prestations peuvent financer un animateur par exemple. Un truc utile : l’appel au don ! Une structure peut travailler sur les aspects professionnels et sur l’intérêt général grâce à cette méthode : 1 personne sur 1000 donne de l’argent et cela peut suffire... Exemples : Telabotanica, Montpellier Journal, Wikipedia


Les conseils du Professeur Cornu

Changer de mode de réflexion

- Travailler en illusionniste
- Pour trouver des solutions, changer la ou les question(s) !
- Partir d’une idée, imaginer quelque chose, et regarder à l’envers.
- Ne pas partir de la présentation des choses.
- Casser les a-priori
- Apprendre à faire des choses incompatibles ensemble

Quelques lectures

- J-M CornuRéflexions sur l’économie
- Une ressource concernant le mariage culture et économie : Doc Casimir Bisou alias Jean-Michel Lucas

Article en ligne : Pour la reconnaissance de l’économie créative solidaire

- Oncle Bernard de Charlie Hebdo : Antimanuel d’économie (I : les fourmis, II : les cigales)
- Sur le site plusconscient.net et là il y a plein de podcast qui bougent la tête sur ce sujet, écouter notamment celles de Patrick Viveret
- Voir aussi Travaux deJF Noubel (qui retourne aussi le cerveau)
- Voir aussiThe Transitioner le site de l’intelligence collective

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