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Bretagne

Une conférence hip hop vue par un petit débrouillard allemand

mardi 15 février 2011 par Max Rademacher / Animateur médiateur

« Le hip hop dans nos villes, le hip hop et nos medias » - c’était le titre d’une conférence à Quimper le 2 novembre 2010. Curieux, j’y suis allé pour me familiariser avec les dynamiques de la culture hip hop en France, les structures et contraintes et pour me renseigner sur les logiques d’action des militants du hip hop en France et leur approche pédagogique. Les intervenants étaient Ali Ahamed, directeur de l’association La New School, Vincent « Vin’S » Gauguin, président de l’association Apassionada, Lucien Fontaine, maire adjoint d’Amiens (PS-MRC-PRG) et BBoy Lamine, breakeur, ex-champion du monde, chorégraphe et organisateur d’événements.

Il était intéressant de voir que les intervenants étaient clairement préoccupés par la reconnaissance de la culture hip hop comme phénomène artistique et culturel par l’Etat français. Contrairement à l’Allemagne ou les pays anglo-saxons, le champs artistique et culturel est très institutionnalisé et réglementé en France – en terme des voies de financement, l’exercice de métiers, etc. Le sponsoring privé d’actions artistiques et culturelles est quelque chose de très peu développée et offre encore peu d’opportunité aux activistes du hip hop. Les intervenants partageaient une vision du hip hop français comme une culture de la rue, un ensemble de pratiques, règles, codes et valeurs fondé sur la participation active, la compétition pacifique et la créativité et qui constituent un espace social autonome loin des institutions étatiques, souvent même hostiles à celles-ci. Du à une histoire d’immigration et d’intégration spécifique, le contexte français fait que dans ce pays le hip hop est un phénomène qui trouve ses racines dans les banlieues et les cités et continue jusqu’aujourd’hui de s’alimenter d’un vécu marginalisé et socialement défavorisé, sans pour autant exclure ceux n’ayant pas connu ce vécu. Le hip hop en France est donc souvent contestataire, subversif et hostile vis-à-vis de l’Etat.

Selon les intervenants, le hip hop n’est pas pour autant resté en phénomène marginal et cloisonné. Depuis son atterrissage en France dans les années 80, il s’est constamment étendu à toute la société grâce à son caractère intégrateur, profondément (post)moderne et dynamique et aux perspectives qu’il offre aux jeunes en termes d’affirmation et d’épanouissement personnel. Il a fait preuve d’une capacité de commercialisation énorme pour s’imposer dans les médias, la musique, le théâtre et a danse, le cinéma, la mode et même le langage quotidien. Les intervenants voient le hip hop comme une culture qui met en question les structures, institutions et modes de gestion de l’espace culturel et artistique français, une culture qui bouscule les modes de pensée habituels et laisse les institutions publiques perplexes. Ces dernières réagiraient souvent par des stratégies d’endiguement, de non-reconnaissance (du type « c’est pas un art, c’est juste une danse de rue ») ou encore de contrôle. La discussion tournait donc autour des stratégies à mettre en oeuvre pour établir le hip hop comme une forme artistique et culturel reconnue.

J’ai remarqué qu’il y avait quand même un certain scepticisme quand j’abordais les possibilité de mobiliser les ressources pédagogiques du hip hop dans d’autres contextes, comme par exemple dans le cadre d’une animation scientifique. Autant les intervenants étaient d’accord sur la nécessité d’élargir le mouvement hip hop et de le valoriser dans la société, autant ils étaient soucieux de préserver l’authenticité du hip hop et de se protéger contre l’instrumentalisation du mouvement. Je pense ce souci est à prendre un compte quand nous, les petits débrouillards veulent travailler avec des activistes de la scène hip hop. A titre anecdotique, quand j’ai mentionné le projet « Fo’rêt Rapper Ensemble », Lamine a éclaté en rire et m’a demandé comment j’allais faire pour trouver un rappeur prêt à aller en forêt. Un rappeur qui va en forêt avec des jeunes pour les accompagner sur une animation scientifique, ne serait-il plus « real » aux yeux de sa communauté ? Ces questions se prêteraient par ailleurs formidablement à un SEC ...

Max Rademacher

Animateur-médiateur "Science et société"

Rennes, le 15 février 2011

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